Comprendre l'élagage
Découvrez en profondeur toutes les facettes du métier d'élagueur : un métier qui allie technique, savoir-faire et respect de la nature.

Chapitre 01
Les arbres et l'élagage
Les arbres sont des êtres vivants, organisés et structurés, vivant en symbiose avec les espèces environnantes. Ils se développent afin d'étendre leur feuillage et ainsi capter un maximum de soleil, indispensable à leur développement, dont ils ne seront pas les seuls à profiter. En plus de servir d'abri à la faune qui les entoure, ils restituent au sol près de 70 % de la masse carbonée qu'ils produisent.
de la masse carbonée produite par un arbre retourne au sol.
Cependant, leur développement et leur ampleur peuvent parfois gêner cette cohabitation. Ces gênes peuvent être d'ordres divers (manque de place, esthétique, manque de lumière, crainte d'une faiblesse menaçant une cible potentielle) et peuvent nécessiter l'intervention d'un élagueur pour aider à résoudre cette situation gênante pour l'homme.
Des besoins des Hommes est né l'élagage. Ce métier est relativement récent (début des années 1900), tout comme les avancées des études de dendrobiologie, qui préconisent une taille « raisonnée » seulement depuis le début des années 80.
La « taille raisonnée », souvent confondue avec la « taille douce », elle-même en opposition avec la « taille drastique », s'inscrira toujours dans une démarche de diagnostic et de préconisations pertinentes dans un contexte. Elle ne se contente pas seulement de minimiser les diamètres de coupe, mais cherche également à en réduire la quantité et l'impact en limitant leur nombre aux zones ciblées de l'arbre.
Début des années 1900
Le métier d'élagueur naît des besoins des Hommes.
Début des années 80
La dendrobiologie préconise une taille « raisonnée ».
Aujourd'hui
Diagnostic individuel de chaque arbre, coupes minimes et ciblées.
Prenant en compte que chaque arbre est unique, l'élagueur proposera une taille appropriée après avoir réalisé un diagnostic individuel et personnalisé de chaque sujet. Cependant, dans l'intérêt de l'arbre, qui, rappelons-le, n'a pas besoin de l'intervention, gardons en tête cette règle primordiale : « L'élagage sévère nuit gravement à la santé et à la beauté de vos arbres. »
C'est avec ce regard et cette démarche que j'entends travailler sur vos arbres, car si l'intervention de l'élagueur est parfois essentielle au confort de l'homme, il n'en reste pas moins que cette intervention se fait sur un être vivant d'un écosystème fragile mais indispensable à la vie.
Certaines pratiques, malheureusement trop souvent employées, sont à proscrire car elles ne répondent ni aux besoins de l'arbre, ni à ceux du client : à moyen terme, elles engendreront d'autres problèmes, voire le résultat inverse de celui espéré.
Un étêtage, par exemple, dont le but est de réduire la hauteur d'un arbre pour éviter qu'il ne tombe sur une toiture ou autre, finira à moyen terme par un abattage.
En effet, le sujet, s'il est suffisamment vigoureux, reprendra vite sa hauteur initiale, mais avec des suppléants beaucoup moins solides, engendrant des risques de casse qui n'existaient pas à l'origine.
S'il manque de vigueur, il ne repoussera pas. Dans les deux cas, le risque de subir une attaque de pathogènes par les blessures que sont les coupes sera grand, augmentant là aussi le risque de perte totale de l'arbre.
Étêtage
Repousses fragiles, branches qui cassent, arbre qui décline.
Taille raisonnée
Des coupes ciblées et minimes : l'arbre reste sain et beau.
L'évolution constante des connaissances en dendrobiologie nécessite d'être attentif aux observations faites sur le terrain et aux résultats obtenus, mais également d'oser remettre en cause des pratiques pourtant courantes. La recherche continue d'information et de formation est également nécessaire pour appliquer les bonnes méthodes.
Fort de ces informations, et dans le but de préserver la santé de vos arbres, je me refuse à utiliser certaines méthodes mais m'appliquerai à vous apporter une solution plus adéquate. Dans la même optique, je reste en lien étroit avec la SFA, le CFPPA d'Antibes et leurs formateurs afin d'être toujours au fait des dernières découvertes et méthodes de travail.
Chapitre 02
Les idées reçues
Quelques idées reçues qui nuisent à vos arbres, et que certains élagueurs utilisent comme arguments de vente.
Idée reçue« Tailler un arbre le rajeunit »Pourquoi ?
La réaction rapide et visible de « repousse » des branches et des feuilles n'est pas due à un « rajeunissement » provoqué par la taille. Elle fait partie des mécanismes que l'arbre met en place à la suite d'une blessure ou d'un stress, pour recréer la masse foliaire qu'il a perdue. Celle-ci est indispensable à la transformation de la sève brute en sève élaborée par la photosynthèse, qui se produit grâce aux feuilles !
Cette réaction de « repousse » dépend de plusieurs points clés :
- l'état physiologique de l'arbre ;
- son essence : toutes les essences ne créent pas de branches suppléantes ;
- sa vigueur et ses réserves carbonées ;
- la qualité de la taille.
L'utilisation de ces réserves peut également nuire à l'arbre si ce dernier venait à être confronté à d'autres attaques ou stress.
Idée reçue« L'élagueur guérit les arbres »Pourquoi ?
Par quel miracle grimper dans un arbre armé de scie et de tronçonneuse (parfois même de griffes aux pieds) pourrait-il guérir quoi que ce soit ? Au même titre que l'amputation d'un membre ne soigne pas un humain, la coupe d'une branche peut éventuellement éviter une propagation, mais dans la plupart des cas, elle ne fait que créer une blessure, porte d'entrée potentielle d'un pathogène.
Il est donc important de garder en tête que l'intervention de taille, quel qu'en soit le motif, si l'objectif est de conserver l'arbre, doit être la plus minime possible. Un élagueur ne doit pas être jugé sur la quantité de branches et de bois qu'il retire.
Idée reçue« L'arbre penche, il est dangereux, il faut l'abattre »Pourquoi ?
Un arbre qui penche n'est pas forcément dangereux. Une inclinaison ou une courbure qui s'est faite tout au long de sa croissance n'est en rien un signe de danger : les arbres ont tous des capacités d'adaptation face à ce phénomène et fabriquent, au fur et à mesure de leur développement, du bois de renforcement. Certains, comme les résineux, créeront du bois de compression sous l'inclinaison, qui soutiendra l'arbre à la manière d'un étai, alors que les feuillus préféreront du bois de tension, qui retiendra l'arbre à la manière d'un hauban.
Il se peut cependant que l'inclinaison d'un arbre soit très récente. Là encore, le danger n'est pas forcément avéré et il convient de se poser les bonnes questions :
- À quoi est due l'inclinaison ? À quelle vitesse évolue-t-elle ?
- Va-t-elle s'accentuer ?
- L'arbre a-t-il la capacité (et le temps) de s'y adapter ?
- Sa chute sera-t-elle réellement dangereuse ? (Probabilité qu'une cible fragile à forte valeur soit présente à l'endroit et au moment de la chute ?)
- Est-il possible de mettre en place une autre solution que l'abattage ?
Idée reçue« Les arbres creux sont dangereux »Pourquoi ?
Là encore, tous les arbres creux ne sont pas dangereux ; il faut prendre en compte de nombreux paramètres :
- La quantité de bois résiduel et les bois de renfort sont-ils suffisants autour de la zone faible ?
- Son exposition et sa prise au vent sont-elles suffisantes pour laisser croire à une rupture ?
- Là aussi, sa chute sera-t-elle réellement dangereuse ?
Un arbre creux dont la quantité de bois résiduel est très faible, voire sans renforts, mais dont le houppier n'est pas exposé au vent, soit parce qu'il est peu volumineux, soit parce qu'il est protégé par d'autres congénères, peut facilement tenir debout durant plus d'une vie humaine. Tout comme un arbre qui semble sain peut tomber sans crier gare lorsqu'il est exposé à un vent contraire aux vents dominants auxquels il s'est préparé durant sa croissance.
Idée reçue« Tailler un arbre réduit sa prise au vent et limite la casse »Pourquoi ?
On a tendance à voir le houppier d'un arbre comme une grande voile de bateau que le vent viendrait gonfler jusqu'à la rupture. Mais les feuilles (ou aiguilles) et les branches, de la plus petite à la plus grande, agissent plutôt comme des milliers de petits amortisseurs, déviant et absorbant chacun une petite quantité de vent, divisant ainsi sa force et donc les risques de dégâts. Un arbre taillé de manière trop sévère se retrouvera exposé aux vents les plus forts, appliqués directement sur ses branches nues, les moins flexibles. S'il en a le temps, il retrouvera son feuillage, mais les suppléants apparus après cette taille mettront des années, si tant est qu'ils y arrivent, à atteindre la solidité de ceux qu'ils remplacent.
Idée reçue« Une taille sévère permet d'y revenir moins souvent »Pourquoi ?
Là encore, si la taille est trop sévère, l'arbre cherchera à remplacer son feuillage le plus rapidement possible. Les suppléants vont pousser de manière plus anarchique et chercheront à reprendre leur longueur et leur feuillage, redonnant très rapidement à l'arbre son volume initial, sans pour autant avoir la solidité des branches d'origine. En favorisant une taille légère mais ciblée, tout en laissant à l'arbre l'opportunité d'évoluer, il n'aura pas besoin de renouveler la ou les branches supprimées, ce qui évite une nouvelle intervention. Résultat : une seule petite intervention de l'élagueur, des risques limités pour l'arbre et une solution plus économique sur le long terme.
Bref, méfions-nous de ces idées reçues, aidons-nous des connaissances scientifiques et de leurs évolutions pour préserver le patrimoine arboricole. Respectons nos arbres, ils nous le rendent bien.
Chapitre 03
La sécurité
La sécurité est d'une importance primordiale dans l'accomplissement de notre métier et englobe de nombreux points de vigilance. Vous ne souhaitez pas voir un élagueur abîmer vos biens, vos arbres, voire blesser un passant, un autre travailleur, lui-même ou quelqu'un de votre famille.
L'élagueur se doit donc d'être irréprochable en matière de sécurité et doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à sa disposition pour y parvenir. Il devra donc, lors d'une première visite, s'assurer des possibilités d'accès à l'arbre. L'arbre est-il en état pour y grimper ? Sinon, peut-on y accéder par un autre arbre proche ? Peut-on y amener une nacelle ?
Dans un second temps : quelles sont les contraintes environnantes qui ont besoin d'être protégées ? (Toitures, routes, vérandas, passages de piétons, plantations, etc.) L'emplacement de ces contraintes peut nécessiter l'emploi de techniques complexes que l'homme de pied devra mettre en place (rétention, tyrolienne, mouflage, etc.).
L'homme de pied ne doit pas être juste un manutentionnaire, mais être qualifié pour ces techniques, ainsi qu'aux techniques de secours dans l'arbre, afin de pouvoir porter assistance au grimpeur si besoin. Il doit également être capable d'utiliser du matériel tel qu'un broyeur, parfois très imposant et très puissant.
Le grimpeur est garant de tous les points déjà évoqués, avant et pendant l'intervention, mais à cela s'ajoute sa propre sécurité. Il doit mettre en œuvre des techniques pour se prémunir des chutes, comme le double ancrage lors de l'utilisation des outils de coupe. Il doit s'assurer de son placement pour ne pas se trouver sous la coupe, et s'assurer que rien ni personne ne se trouve sous la zone de chute. Il doit utiliser ses outils dans une position qui ne le met pas en danger.
En prévention d'une blessure, il doit également être en permanence capable de descendre rapidement au sol. En fin d'intervention, il faut aussi vérifier que toutes les coupes sont bien évacuées et qu'il ne reste pas de branche coupée en suspension qui risquerait de tomber plus tard.
Malgré toutes ces précautions, le métier d'élagueur reste l'un des plus dangereux. Pour toutes ces raisons, il est indispensable de rester attentif aux évolutions du matériel et des techniques. Comme pour la connaissance des arbres, j'estime qu'il est important de continuer à se former, et c'est dans cette optique que je reste en lien étroit avec les formateurs du CFPPA ainsi qu'avec la SFA.
Quiconque fait appel à un professionnel pour intervenir chez lui attend que les travaux se passent sans accident, car, comme chacun le sait, celui qui se plaint du prix d'un professionnel n'a aucune idée de ce que peut lui coûter un incompétent.